Le premier vélo-couché qui ait fait parler de lui date de 1933. Il a été
construit par le Francais Charles Mochet. Sa "bicyclette à pédalage
horizontal" (c'est le nom qu'il a donné pour le brevet de son invention)
est le premier vélo-couché dont les performances aient été
supérieures à celles des bicyclettes "traditionnelles".
En effet, le 7 juillet 1933, le coureur cycliste Francis Faure, qui
travaillait avec Mochet, batit le monumental record d'Oscar Egg qui
datait de près de vingt ans, en parcourant 45,055 km dans l'heure. Ce
record allait etre à l'origine de nouvelles règles édictées par l'Union
Cycliste Internationale, organisme qui régit les courses et homologue
les records de vélos, visant à interdire la nouvelle bicyclette de
l'inventeur francais.
Pourquoi interdire la bicyclette de Charles Mochet?
Les dirigeants de l'UCI ont été confrontés à une nouvelle évolution de
la bicyclette, et leur choc face à ce nouvel engin s'est traduit dans
l'esprit des plus conservateurs par un rejet de cette machine. Pour
l'anecdote la bicyclette de Mochet fut soutenue par 46 voix contre 58
pour ses détracteurs : si quelques personnes avaient eut l'esprit plus
ouvert nous roulerions sans doute tous en vélo-couché.
Historiquement il ne s'agissait bien évidemment pas de la première
évolution de la bicyclette. Le premier deux-roues (avec une roue derrière l'autre) fut construit
en 1817 par le baron Karl Drais von Sauerbronn du duché de Bade
(province allemande). Son invention était simple. Il s'agissait d'une
poutre en bois avec une direction à pivot qui permettait à la roue
avant de tourner. La propulsion se faisait en prenant appui avec les
pieds sur le sol. Le cycliste n'était alors qu'un coureur à pied
chevauchant une machine très particulière (d'où le allemand de
"Laufmashine" -machine à courir).
Drais obtint un brevet en France en 1818 et appela sa machine
"vélocipède". Le nom est resté générique pour les évolutions de la
bicyclette de Drais (qui est aussi connu sous le nom de Draisienne), et
si le terme vélocipède fait archaique, son diminutif "vélo" fait toujours
parti du vocabulaire courant.
L'équilibre permanent a été sans doute inventé par l'écossais Dalzell
en 1847. Il a adapté un système de bielles et leviers transformant un
mouvement de balancement des pieds en rotation de la roue arrière.
Cependant aucun vélo de cette époque n'a été produit à grande échelle
et ce type de deux-roues est resté assez marginal.
La première évolution majeure du vélocipède est due à Ernest
Michaux qui adapta en 1861 des manivelles sur la roue avant de la
Draisienne. Ce système de transmission avait l'avantage d'etre simple
et léger. Dès 1866, la production commenca et la démocratisation du
vélo allait devenir inexorable.

"La Draisienne"
Les courses cyclistes commencèrent à cette époque sur des machines
diaboliques : les Grands-Bi. Directement issus du vélocipède de
Michaux, le Grand-Bi possède une roue avant immense (permettant
d'aller plus vite) et une roue arrière toute petite pour alléger
l'ensemble. Le développement de la sidérurgie permettra d'obtenir des
machines de course extraordinairement légères dont le poids chuta en
dessous de neuf kilos.
La dernière évolution majeure est l'oeuvre de John Starley qui, en
1885, adapta un système de transmission par chaine sur un vélo aux
roues de tailles réduites. La "Rover Safety" présentait l'avantage
d'abaisser le centre de gravité de l'ensemble cycliste-machine, ce qui,
en cas de chute, est fort appréciable. La géométrie de la bicyclette était
alors, à peu de chose près, celle que nous connaissons aujourd'hui.

"John Starley sur son Rover Safety"
Les progrès en mécaniques et l'apparition du pneumatique (inventé
par John Boyd Dunlop) permirent de maitriser les frottements solides.
La lutte contre les frottements aérodynamiques allait s'organiser au
vingtième siècle.
J'aimerais consacrer un petit paragraphe à un certain Larue, établi
dans le département de l'Allier, et qui commercialisait un coupe-vent
de 380 grammes. Sa notice était explicite : "Au moment où la
fabrication du cycle a atteint une perfection telle que presque toutes
les résistances au frottement sont aujourd'hui supprimées, la
résistance de l'air elle-meme, résistance énorme dès que l'on atteint
une certaine vitesse, sera également évitée". Nous sommes en 1893 et
malheureusement la clairvoyance de Larue ne se remarque pas au
quotidien un siècle plus tard.
En 1913, le champion Marcel Berthet, un géant de la route, batit le
record de l'heure sur une machine concue par l'ingénieur Bunau-Varilla : le Vélo-Torpille. Il s'agissait d'une machine possédant une
carcasse en bois courbé en forme d'oeuf sur laquelle était tendu une
toile en Celluloid, l'ensemble étant relié rigidement à la bicyclette par
une armature en acier (poids total 17 kg vélo inclus).
Evidemment l'UCI changea ses règles en 1914 afin d'interdire "tout
élément réduisant la résistance de l'air". Cependant elle créa une
section spéciale réservée aux bicyclettes carénées mais l'engouement
du public pour ces engins disparu peu à peu après la guerre.
En fait il fallut attendre les années 70 et la crise pétrolière pour que
les américains se remettent à fabriquer des vélos carénés et couchés
(ce que fit d'ailleurs Georges Mochet, le fils de Charles, après
l'interdiction des vélos couchés par l'UCI). Paul Mac Gready créa une
nouvelle fédération chargée d'homologuer tous les record effectués sur
des machines propulsées par l'énergie musculaire seulement :
l'IHPVA (International Human Powered Vehicle Association) était
née.
Dès 1998, la barre des 110 km/h était franchi sur le Cheetah, vélo conçu par 3 ingénieurs diplomés de Berkeley

"le cycliste Chris Huber avec les 3 ingénieurs diplomés
de
Berkeley entourant Cheetah (110,58 km/h)"
Les records actuels (2004) sont de 130 km/h sur 200 m (lancé)
et de 84,215 km sur une heure, détenu par le canadien Sam Whittingham dans le Varna Diablo, une machine construite par George Georgiev.
Le record féminin est de 73,411 km sur une heure, détenu par l'allemande Rosemarie Bühler également sur le Varna Diablo.

"le cycliste Sam Whittingham et le Varna Diablo (130 km/h)"
Page construite par Jean-Charles Gosselin , ingénieur physicien et membre de France-HPV.
page lancée le 28 juin 1996 par Eric Asulana, un corse expatrié en Allemagne et rencontré par hasard au salon de Germersheim
mise à jour le 20 aout 2005